Etre et avoir, toujours…

Notre petit département a perdu déjà plus de 80 personnes dans la bataille contre le Covid. Ce printemps est décidément trompeur ; tout nous incite au relâchement alors que nous frôlons le milieu du gué. Au loin sur l’horizon, se laisse deviner le vert incisif des jeunes feuilles à l’orée du bois. Las, l’ivresse de la chlorophylle attendra la mi-mai.

Saurons-nous retenir les leçons de cet avertissement avec frais ? Les chauves-souris chinoises m’ont fait songer à leurs cousines haut-marnaises, parfois évoquées ici, à la biodiversité haut-marnaise. Que sommes-nous au milieu de cet immense flux de vie ?

Nous sommes des créatures bien vaines si j’en crois cette anecdote parfaitement authentique : ici, en Haute-Marne, durant cette période contrariante qui voir doubler la pagination des avis de décès, un patient malade et pauvre consulte son médecin. Il paie par chèque la part restante, soit moins de 10 euros.

La banque, dans sa grande magnanimité, a retourné le chèque au médecin. Le compte du malheureux malade était à découvert. Pour moins de dix euros, on va exiger de lui – qui ne peut – beaucoup plus. Il a eu le tort de vouloir se faire soigner.

Sans doute cet affligeant et pourtant exact récit ne présente-t-il aucun rapport direct avec l’épreuve que nous traversons. Il me semble pourtant que l’humanité aujourd’hui sidérée par le virus, possédée par le verbe avoir, a réduit être au rôle d’auxilliaire. La Nature, qui, elle, est tout et n’a rien nous le rappelle violemment.

De l’épreuve, je l’ai déjà dit, nait le beau, le bon. L’aurez-vous noté ? On évoque depuis un mois dans les colonnes du JHM des 202gens que l’on n’avait jamais vus auparavant. Parce qu’ils ne faisaient rien ? Parce qu’on ne savait pas les voir ?

Les deux, mon Général. Le plus illustre des Haut-Marnais serait-il devenu De Gaulle sans l’humiliation, la déroute, la défaite ? Cette année devait être la sienne, à plus d’un titre.

Je vois se lever aujourd’hui, ici, en notre sein, des femmes et des hommes de bonne volonté qui, face au virus, ont juste décidé de faire leur devoir. Ils soignent, ils cousent, ils consolent. Ils révèlent ce qu’ils sont.

JHM du 19 avril 2020

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